Quand la violence s’invite en foyer
Aujourd’hui, il m’a donné un coup de poing dans le ventre…
Ce soir, c’était compliqué, il jetais des jouets à travers la pièce…
Elle m’a insultée toute la journée…
On sentait qu’il avait besoin de se défouler sur quelqu’un, il enchainait les coups de pied…
Tant de phrases qu’on peut entendre régulièrement en Maison d’enfants. Comment les services éducatifs peinent à gérer la violence ?
J’exerce en tant qu’éducatrice spécialisée en maison d’enfants à caractère social (MECS) avec des jeunes entre 8 et 12 ans. Je suis confrontée à la violence quotidiennement. Elle se présente sous différentes formes et différents protagonistes semblent être les raisons de cette violence.
La violence physique
Quand on nomme la “violence”, c’est celle qu’on imagine le plus souvent. Les coups, les jets d’objets, les bagarres.
Les enfants en foyer ont des vies pour le moins chaotiques : négligence, maltraitance, abandon, etc. C’est parfois la seule façon pour eux de s’exprimer, la seule chose qu’ils connaissent, les seules réponses qu’ils ont reçu pour expression des émotions. La frustration, la colère, le manque, la peur, la tristesse sont tant d’émotions qui vont donner naissance à la violence.
Notre rôle d’éducateur quotidien va être de montrer à ses enfants d’autres manières d’extérioriser ses ressentis. En attendant, il est confronté aux coups.
La violence des mots
Les insultes et autres phrases pas très sympathiques sont également monnaie courante en MECS : une alternative aux coups qui parait plus agréable…? Seulement, les enfants, malgré leur handicap sociaux pour beaucoup, semblent connaitre les points faibles de chacun de leurs éducateurs ou camarades. Il peut être parfois compliqué de garder ses émotions pour soi lorsque l’on est confronté à des insultes paraissant nous être individuellement destinés.
La violence par les mots nous permet, selon moi, d’avoir un accès vers la parole. L’expression des ressentis par la même réponse que ce qui nous ait proposé par le jeune : les mots. La violence verbale constitue souvent un cri de détresse, un appel à l'aide dissimulé derrière des paroles blessantes, soulignant ainsi l'importance d'une écoute active et d'une intervention précoce pour désamorcer les tensions et encourager des modes de communication plus constructifs.
La violence institutionnelle/sociétale
Les jeunes sont violents envers les éducateurs de manière physique et verbale (j’ai fait l’impasse sur le fait que les pros peuvent l’être également sur les enfants, même si, elle existe, elle reste encore du domaine du fait divers, j’espère…). Les problématiques institutionnelles et partenariales peuvent être tout aussi violente pour l’éducateur du quotidien. Ces violences reflètent les lacunes et les dysfonctionnements des systèmes de protection de l'enfance
La protection de l’enfance est aujourd’hui en danger, en manque de moyens financiers et humains. On peut, en tant que professionnel de MECS, se sentir bien seul face à des situations à risque. Nous alertons régulièrement les services gardien et la hiérarchie, sans avoir de réponses proposées adaptées, ou si peu, ou encore dans des délais frôlant le ridicule.
Les incohérences des services entre eux, les promesses données aux enfants (les protéger et leur offrir des réponses adaptées à leur situation) non tenue apportent aux professionnels et aux enfants accueillis des sentiments d’injustice, apparenté à de la violence.
La violence de la réalité
Lorsque l’on vient travailler en foyer, avec des enfants, placés, en danger, en besoin de protection, abandonnés, il parait évident que le professionnel se veut bienveillant, s’imagine donner le meilleur de lui même. Mais, la réalité est tout autre. Il est complètement impossible d’apporter le meilleur à un enfant seulement avec une équipe éducative de quotidien.
Face à ces défis, il devient essentiel d'adopter une approche multidisciplinaire. Les professionnels doivent collaborer avec des psychologues, des travailleurs sociaux, des thérapeutes, et d'autres spécialistes pour élaborer des stratégies de prise en charge efficaces. De plus, il me parait nécessaire de préciser l’importance d’avoir des relais et contacts réguliers avec les services gardiens, les parents quand ils sont présents, pour avancer dans le projet individuel de l’enfant. Cette collaboration permet non seulement de mieux comprendre les besoins des enfants, mais aussi d'offrir un soutien général qui va au-delà de la simple gestion des comportements violents.
La formation continue des éducateurs de MECS est cruciale. Nous devons nous former à la gestion de la violence, à la communication non violente, à la résolution de conflits et à d'autres compétences essentielles pour travailler avec des enfants en situation de traumatisme. Une formation régulière permet aux éducateurs de se sentir mieux préparés et plus confiants dans leur capacité à faire face aux défis quotidiens de la violence en MECS.
La violence en maison d'enfants est un problème complexe qui nécessite une approche globale et des solutions innovantes. En travaillant ensemble et en investissant dans la formation et le soutien des professionnels, nous pouvons espérer créer des environnements plus sûrs et plus positifs pour les enfants qui en ont le plus besoin.